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Pierre a proposé:
Lors d’une promenade solitaire dans parc de la Tête d’Or, vous vous asseyez sur un banc pour reprendre votre souffle.
Une personne est déjà assise sur une extrémité du banc.
Manifestement, cette personne est triste. Après hésitation vous essayez d’établir un dialogue.
Racontez ce bavardage.
Après des jours de grisaille et de pluies voilà que nous avons un temps magnifique de printemps. Le soleil est apparu et les oiseaux chantent à qui mieux mieux dans tes arbres.
Profitant d'une exposition dans le Parc de La Tête d'Or je marche tranquillement au milieu des allées ensoleillées Il y a quelques promeneurs mais en ce jour de semaine ils sont rares. Ce ne sont pas encore les vacances scolaires, les enfants sont à l'école et leurs parents en profitent certainement pour faire leurs achats de Noël !
A proximité du lac un banc est le bienvenu et m'invite à aller m'asseoir pour me reposer de la marche. Une dame est assise tout au bout du banc semblant plongée dans une longue méditation. Je m'assois tout en lui disant un bonjour qu'elle me rend à mi-voix tout en se tournant vers moi surprise d'avoir une voisine. Nous restons un moment toutes deux silencieuses. Pendant qu'elle reste plongée dans ses pensées je contemple les cygnes qui majestueusement circulent en file indienne sur le lac.
Autant je me sens bien dans cette atmosphère calme et reposante, autant ma voisine est toute recroquevillée sur elle-même semblant porter sur elle toute la misère du monde !!Elle est bien vêtue et n'a pas l'air d'une SDF.
N'y tenant plus j'engage la conversation sur un sujet tout trouvé.
- Quelle chance d'avoir un si beau temps au mois de décembre lui dis-je Elle hésite puis, me répond.
- Oui c'est inattendu après ce mauvais temps !
Je reprends : Cela nous permet de sortir et de voir un peu du monde. Cela fait du bien quand on vit seule.
Elle opine de la tête et reprends au bord des larmes : Ah ! à qui le dites-vous, je viens de perdre mon mari après une longue maladie. Avant nous faisions chaque jour de grandes promenades dans le parc...
Je reprends : Je suis désolée et vous avez toute ma sympathie, je suis passée par là moi aussi ! Elle se défend. Je sens qu'elle est finalement contente d'avoir trouvé une oreille attentive pour s'épancher.
Les larmes aux yeux elle se met à me raconter la vie heureuse qu'ils ont eue mais que maintenant que les enfants sont partis dans la région parisienne pour leur travail elle se retrouve seule. Il y a bien les coups de téléphone mais elle ne sait plus quoi leur dire !
Je reprends : Vous avez encore quelques amis sur Lyon ?
-
Oui mais vous savez à notre âge ils sont souvent malades et ont leurs propres problèmes !
-
Je connais çà en effet.
-
Elle me dit : je vous ennuie avec mes soucis, mais ça m'a fait du bien de parler ! J'allais m'en aller car mon chat m'attend. Heureusement que je l'ai. Elle se lève pendant que je la rassure que j'ai été moi aussi contente de passer un moment en sa compagnie. Je lui souhaite bon courage. Elle me quitte semblant avoir retrouvé un peu de vitalité...
-
Quant à moi je reste un moment, pensive à regarder les cygnes évoluer sur l'eau...
Christiane
En ce début du mois de Mai, je compte bien profiter du beau soleil promis par la météo régionale …
Il est tout juste 9 heures, je décide de téléphoner à mon amie Suzanne, pour lui proposer de passer la journée avec moi. Nous pourrions aller nous promener au parc de la Tête d’Or, ensuite déjeuner dans la cité internationale, au café du musée, et, passer l’après-midi dans la roseraie qui doit être magnifique en cette période.
Suzanne me répond que sa journée est déjà bien remplie par des obligations médicales …
Je pense alors, à Christiane, mais son téléphone reste muet. J’essaye encore auprès de Mireille, mais, celle-ci m’explique qu’elle doit rejoindre une de ses nièces de passage à Lyon …
Bon et bien, mes amies ne sont pas disponibles, je vais sortir en solitaire…
En entrant dans le parc, du côté des serres, je suis surprise de voir que je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée géniale… Il y a bon nombre de promeneurs !
Comme j’adore les orchidées, je rentre dans la serre qui leur est dédiée, pour leur faire une petite visite et régaler mes yeux !
Quelle splendeur, que de variétés, que de couleurs …Il y a abondance de fleurs qui sont plus belles les unes que les autres ! J’admire les aériennes qui poussent à l’air libre, sans terre et s’épanouissent au-dessus de nos têtes. Les tons dégradés sont d’un plus bel effet. Il règne une certaine humidité et je préfère quitter cet endroit. Je retrouve un soleil éclatant !
Il est treize heures trente, je n’ai pas vu le temps passer … Mon estomac commence à ressentir un petit creux, comme on dit ! Je n’ai guère envie d’aller, seule, déjeuner au restaurant. Un simple sandwich acheté au premier marchand, me convient parfaitement. Malgré tout, je constate que la fine tranche de jambon est bien perdue entre deux épaisseurs de pain…
D’accord le prix du pain a augmenté … par contre la tranche de jambon s’est bien réduite !
Je soupire en me disant que l’on ne peut pas tout avoir …
Je reprends mon cheminement en grignotant … Je profite d’admirer les beaux parterres de fleurs. Les jardiniers sont de véritables artistes pour composer et réaliser avec harmonie, ces massifs aux multiples variétés et couleurs variées.
J’arrive près de l’enclos des daims. Ils sont nombreux et se tiennent en troupeau, proches des clôtures … car, les gens, ne sachant sans doute pas lire, leur jettent du pain, parfois des demie-flûtes …Pourtant de grands panneaux disposés bien en évidence, indiquent qu’il est interdit de nourrir les animaux ...
Je pense que si seulement j’étais garde, je ne me priverai pas de distribuer des amendes bien corsées … Cela a le don de m’agacer ...
Je préfère poursuivre par l’allée centrale !
C’est alors, qu’une dame, peut-être de mon âge, arrive à ma hauteur et me dit :
- mais vous voyez ça ? Quand même ces personnes, ne respectent plus rien …
En haussant les épaules je lui réponds :
- Eh oui, Madame, c’est bien dommage, je ne comprends pas leur comportement, aussi je préfère changer d’endroit … je vais à la roseraie, là au moins, je ne serai pas déçue !
- En effet, vous ne serez pas déçue car à cette période les roses épanouies vont vous émerveiller … La roseraie offre un éventail de tons incroyables. Vous savez, certainement, qu’il y a 16000 rosiers répartis en 450 variétés ! Vous vous rendez compte ?
En effet c’est considérable, et cette dame m’intrigue par ses connaissances …
Nos pas nous guident vers un banc qui vient de se libérer, un jeune couple s’en éloigne tendrement enlaçé. Nous nous asseyons tout près d’un rosier couvert de bouquets de petites roses orangé qui embaument … Je ferme les yeux pour mieux apprécier ce doux parfum !
Alors la dame me décrit la beauté de sa rose préférée baptisée Princesse Grace de Monaco … Cette rose particulière, d’un blanc crème dont chaque pétale est ourlé d’un rouge carmin, à un parfum discret, très agréable
Je suis surprise par tout ce savoir et je ne peux m’empêcher de lui demander :
- merci Madame pour tous ces renseignements, vous êtes bien documentée et passionnée
Avec un léger sourire, elle me regarde … il me semble apercevoir un voile de tristesse dans son regard d’un bleu intense … d’une voix douce, elle m’explique, que son époux, décédé maintenant, était jardinier-horticulteur ici, dans ce parc. Il avait participé dans les années 1960, à la réalisation de la roseraie. Ils venaient de se marier… Il lui parlait chaque jour, de l’avancée de ce magnifique projet… Il était là, lors de l’inauguration de la roseraie, c’était en 1964 …Elle cherche dans sa mémoire, mais ne retrouve pas la date précise … Par contre ce dont elle se souvient, c’était comme son Georges était fier d’avoir été présenté pour cette occasion, à la Bégum et surtout à la Princesse de Monaco, Grace Kelly …
Bien d’autres personnalités étaient venues le remercier !
Timidement je lui demande, si elle, avait participé à cette cérémonie ?
Tout à coup son regard change, ses yeux pétillent...
- eh bien non, j’étais à la maternité, je venais d’avoir notre fille … Mais Georges m’a tellement donné des détails … il me semblait être présente…
Puis, elle se lève, me dit au revoir et d’un pas tranquille, s’en va …
Un peu chavirée par cette rencontre, ces confidences, je vois la roseraie d’une autre manière et j’imagine Georges à l’ouvrage …
Tout au long de mon trajet de retour, je pense à cette femme que je ne reverrai certainement pas… En tous cas, je crois ne pas pouvoir l’oublier … Quelle belle journée !
Denise
Par un beau dimanche de mai, je décide d’emmener mes petits-enfants, Théo, Pauline et Andy, au Parc de la Tête d’Or. J’avais eu à prix réduit, pour chacun, un passeport aux loisirs sans limitation.
Nous arrivons dans un secteur, près de la roseraie, où sont installés les balançoires, un manège et dans un bassin des petits bateaux. Les enfants se régalent, quant à moi je n’en peux plus. D’un coup je repère à proximité un banc sur lequel se trouve une jeune femme. Je m’installe à l’autre bout du banc et m’assois en la saluant. Elle me regarde d’un air étrange et ne répond pas.
Tout en surveillant les petits qui profitent au maximum des jeux à leur disposition, j’essaie de rompre le silence et de converser avec mon inconnue.
Je m’excuse de vous déranger, mais comment allez-vous ? vous semblez fatiguée ! Puis-je faire quelque chose pour vous ?
Etonnée mon interlocutrice me réplique, avec suspicion, Est-ce que nous nous connaissons ? Il me semble vous avoir déjà vue !
En effet votre visage me parait familier, vous êtes domiciliée à Lyon ?
Effectivement depuis peu, je viens de Vénissieux, où je suis née.
Eh bien voilà, moi aussi je suis née à Vénissieux, à quelle école étiez-vous ? Moi je suis allée à l’école du Centre de 1949 à 1956.
Moi aussi, mais quelques années plus tard, je n’ai que 40 ans.
Et qu’est-ce qui vous rend si triste ?
Je suis perdue, seule dans cette grande ville, je regrette mon appartement donnant sur la place du marché, je connaissais tous mes voisins, tous les commerçants autour de chez moi, ici personne ne m’adresse la parole, je me sens très isolée.
A ce moment mes petits nous rejoignent : « mamy, mamy, tu nous achetes une glace ».
Oui, il y a un marchand tout près. Au fait comment vous appelez vous ?
- « Christine » répondit-elle !
Eh bien Christine, moi c’est Nicole, venez avec nous, je serais heureuse de vous offrir une glace.
Je veux bien, merci Nicole, vous m’avez apporté un peu de bonheur.
Nicole B.
Que faire lorsque l’on a deux heures à tuer en ville entre deux rendez-vous par une splendide matinée de juin ?
Squatter une terrasse avec un journal à ingurgiter force café ?
Non ! J’optai pour une promenade au Parc de la Tête d’Or.
Une longue promenade me ferait le plus grand bien ! J’abordai le parc par la somptueuse entrée dite « le Portail des Enfants du Rhône » par le Boulevard des Belges.
J’ai comme chaque fois, admiré les majestueuses grilles, portes et vantaux aux ferronneries et dorures rococo inspirées de celles de la Place Stanislas à Nancy. Il est neuf heures trente. Les familles avec enfants avec trottinettes et tricycles et les touristes n’ont pas encore pris d’assaut les allées intérieures du parc. Les joggers sont concentrés sur celles qui font le grand tour. Le soleil brille et la température frôle déjà les vingt degrés. Pas un souffle de vent pour rider la surface des eaux du lac, ou faire bruisser les feuilles des arbres. Ma promenade me conduit vers les serres tropicales récemment restaurées et le jardin botanique, puis j’ai longé la plaine africaine et contourné une partie du lac pour rejoindre le calme de la roseraie. En chemin, je me suis étonné du négligé de certains massifs. On nous dira que la main d’œuvre est si onéreuse aujourd’hui !
Après environ une heure de marche, je décidai de m’assseoir un instant sur un banc. Il convenait de soulager mes pieds gonflés par la marche et contraints par des mocassins élégants mais plus adaptés aux parquets qu’aux allées piétonnes d’un parc. J’en profitai également pour reprendre mon souffle avant de rejoindre mon rendez-vous.
C’est alors que j’aperçus, à l’autre bout du banc, un petit homme ratatiné sur lui-même. Il pouvait avoir soixante ans, plus peut-être. Il portait un chapeau et un imperméable mastic peu raccords avec la saison. Un exemplaire du jour du journal « Le Progrès » dépassait de la poche de son imperméable. Il fumait un petit cigarillo qui dégageait une discrète odeur de caramel. Il me fit penser à l’inspecteur Colombo. Mais cet homme semblait si triste.
Que faisait-il là, seul sur ce banc ? Il semblait désemparé. Il paraissait porter sur ses épaules toute la misère du monde. J’essayais d’engager la conversation :
- « Quelle belle matinée pour profiter d’un si beau parc ? »
- « Oui, c’est vrai » répondit-il « c’est une bien belle matinée »
Puis le silence s’installa à nouveau une longue minute. L’homme paraissait de plus en plus éteint. Dépressif ? J’essayais de renouer la conversation :
- « Je ne vous dérange pas ? » tentais je timidement.
- « Pas le moins du monde. » répondit-il. « Vous savez, je ne suis pas très causant. Je pourrai même dire euh ! je crois que je suis devenu un peu misanthrope. La vie et les gens ne m’ont pas épargné »
Un silence lourd s’installa à nouveau troublé par quelques reniflements et raclements de gorge de mon voisin de banc.
Mon voisin reprit la parole !
- « Et vous alors ? Etes-vous heureux dans la vie ? Vous semblez ouvert sur les autres ? »
Je lui adressai un franc sourire et poursuivis :
- « Oui, je m’intéresse aux gens, mais vous ne semblez pas si sauvage que vous le croyez ?»
- « Ma femme décédée il y quelques ans me dénommait l’ours insocial. J’ai du mal à m’en remettre. Ah ! cette solitude. » reprit-il.
« Et, vous n’avez pas d’enfants ? »
« Oh ! si, une fille qui vit à Québec avec son mari et son fils de quatre ans et un fils qui vit avec son épouse à la Réunion »
« Je vois que vous n’êtes pas seul »
« Vous savez ils croient qu’un coup de fil de dix minutes en vidéo par semaine vaut présence et affection. »
« Notre société est parfois bien cruelle ! »
« La dernière fois que je les ai tous vus c’est pour le mariage de mon fils à la réunion, il y a trois ans ! J’ai cassé mon bas de laine pour les retrouver là-bas… et depuis je me serre la ceinture pour me refaire quelques économies ! »
Notre discussion à bâtons rompus dura quelques minutes encore. Mon voisin de banc d’un jour, semblait y prendre plaisir.
Soudain, mon voisin regarda sa montre, et se leva d’un bond
- « Je suis en retard. Je rejoins vite les bénévoles des restos du cœur. Nous avons beaucoup à faire, il y a tant de misère même dans nos beaux quartiers. »
L’ours requinqué détala et me quitta sur ces mots un vrai sourire sur le visage.
Je ne sais même pas s’il m’a entendu lui dire :
- « au revoir…bonne journée…à un autre jour peut-être ! »
Didier
Par cette belle journée d'automne, j'ai décidé de faire ma pause déjeuner au Parc de la Tête d'Or.
J'ai besoin de me détendre après une matinée de boulot très stressante. Mon chef était de fort mauvaise humeur. Le retard dans les dossiers s'accroît et, bien évidemment, c'est de ma faute, je ne suis pas efficace ! Tous les documents qu'il me passe sont soit illisibles soit incomplets, Il bâcle son travail, mais selon lui, tout est clair et net.
Je ressens un besoin urgent de hurler, je ne me contiendrai pas encore longtemps.
Dès que je me retrouve hors du bureau, ma colère disparaît, le soleil m'éblouit presque et, après un arrêt au snack, un petit menu sur le pouce à la main, je déambule dans le Parc de la tête d'Or, situé à quelques pas de là.
Je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée, il reste peu de bancs libres, alors lorsque je vois, enfin une place pour poser mes fesses. J'hésite un peu car un homme d'un âge assez avancé s'y trouve déjà. Il a l'air sympathique et son regard semble perdu et pourtant il sourit.
- Bonjour, Monsieur, puis-je partager ce banc avec vous ?
Il ne répond pas tout de suite, je m'apprête à poursuivre mon chemin, lorsqu'enfin il s'adresse à moi :
- Je vous en prie, mademoiselle, avec grand plaisir ! Excusez - moi, mais je n'ai pas l'habitude que l'on me parle si poliment.
- Merci beaucoup, je commence à avoir faim, et je désespérais de trouver un banc pour m'asseoir. Cela ne vous dérange pas que je mange ?
- Pas du tout, j'ai pris mon déjeuner avant de venir prendre un bol d'air automnal.
- Vous habitez près du Parc ?
- Oui, je venais souvent avec mon épouse. Nous aimions nous promener dans les allées, par tous les temps. Maintenant me voilà seul, mais je continue de venir, quand mes jambes ne me font pas trop souffrir.
Nous nous arrêtions devant le Petit Théâtre de Guignol, le rire des enfants nous faisait du bien. Lorsque nous étions jeunes parents, c'était le rire de notre fille qui nous comblait.
Avez -vous des enfants, Mademoiselle ?
- Pas encore, avec mon compagnon, nous préparons notre mariage pour l'été prochain !
- Vous ferez une belle mariée !
- Merci, c'est gentil de dire cela !
-Vous me rappelez ma chère Suzie. Elle avait le contact facile avec les gens.
Elle était très belle, et lorsque je viens sur ce banc, j'arrive à la retrouver dans mes souvenirs. Elle était ballerine et elle a toujours gardé cette grâce naturelle, jusque dans sa démarche, ses gestes quotidiens. Même lorsqu'elle est tombée malade, je la trouvais toujours aussi belle !
Que faites-vous comme métier ? Mais peut-être suis-je trop indiscret ?
- Pas du tout.! Mes seuls pas de danse, je les fais dans un bureau. Je suis l'assistante de Maître Chopard. Le Rythme qu'il m'impose avec sa baguette de Chef d'orchestre, ne se prête pas à un pas de danse gracile et léger, mais plutôt à une préparation pour un marathon au pas de course ! Toujours plus vite !
- Ho, je vous plains, mon petit !
- J'ai postulé dans un autre cabinet, et j'attends avec impatience d'être embauchée. C’est sur la bonne voie et je me réjouis à l'avance, à l'idée de le voir peiner à recruter mon remplaçant ! Vue sa réputation ce ne sera pas simple, il va devoir se mettre au boulot !
- Aimeriez-vous faire quelques pas à mes côtés ? Votre compagnie me redonne un peu d'énergie et j'aimerais m'approcher du lac !
- Mais bien sûr, si vous acceptez je peux vous donner le bras !
- Je vous remercie.
Après cette petite balade, en compagnie d'un homme qui aurait pu être mon papy, je me sens détendue et prête à reprendre mon travail.
- Je vais devoir vous quitter, il est l'heure pour moi de retourner au bureau ! Je m’appelle Anna, et j'espère vous revoir un jour prochain !
- Cela me ferait plaisir également, je m'appelle Marius, et vous m'avez fait beaucoup de bien aujourd'hui !
Je reconduis alors Marius sur notre banc. Il souhaite rêver encore un peu, tout éveillé, à sa belle Suzie. Je le trouve beau, assis sur son banc, sous une magnifique coupole d’arbres aux feuilles orangé.
Il a retrouvé son regard perdu dans son passé, il sourit, il a l'air heureux. Moi, je me sens apaisée et détendue. C'est la première fois que je me rends au travail, le cœur léger et un sourire au coin des lèvres. Pourvu que Maître Chopard ne me ramène pas trop vite à la réalité.
Annie N. G.
Comme chaque année, le 8 décembre, la capitale des Gaules s’illumine de milliers de bougies, offrant aux habitants et visiteurs, un spectacle enchanteur.
Le 8 décembre est aussi le jour où l’on célèbre la fête des lumières. Grande manifestation populaire à Lyon depuis 1852, la tradition de la fête des lumières est d’allumer et de déposer des lumignons sur le bord des fenêtres, en signe de dévotion à la Vierge Marie. Aujourd’hui, la Fête des Lumières incarne une rencontre unique entre l’histoire de la ville, la ferveur populaire et l’innovation artistique. Si les Lyonnais continuent d’allumer leurs lumignons, la fête a évolué pour devenir un spectacle urbain à part entière. Des œuvres lumineuses éphémères transforment Lyon en une scène à ciel ouvert, offrant une expérience féerique aux millions de visiteurs qui arpentent ses rues chaque année.
Nous étions un groupe d'amies, à aller souvent le 8 décembre en ville.
Cette année, 2025.nous n’étions que deux, à aller arpenter les rues de cette ville lumière,
Avec une amie, nous avions décidé d'aller au Parc de la Tête d'Or. Nous n’y étions jamais allées préférant, le centre-ville et Fourvière, plus attractifs.
Vers 18 heures nous prenions le bus qui nous déposait Boulevard des Belges, sortie Masséna. Qu'elle ne fut pas ma surprise ! Au cours du trajet, mon amie m'annonça :
- Bof, ça ne me dit rien d'aller au parc. Je vais aux Terreaux, il y a plus d'ambiance !
Devant mon étonnement, elle rajouta, ne t'inquiète pas je reviens au parc, on rentre ensemble, on se tient au courant tu as ton portable ?
Un peu déçue, mais pas question d'aller aux Terreaux, je descendis à la station Masséna à 8 mn du parc Boulevard des Belges devant la grande Porte du parc !
Il y avait déjà pas mal de monde. J’avais pris le programme des festivités et le parc annonçait deux grandes représentations, sur le lac, une à 20 heures et la deuxième à 22 heures.
Il était déjà 19h 30 ! Je déambulais sur les chemins du parc, j’avais du mal à reconnaître les ́lieux malgré les éclairages mis ce jour-là. Il y avait des attractions des clowns qui interpelaient les enfants, avec leurs baguettes lumineuses.
Je m'arrêtais à un stand où l'odeur des hot-dogs, crêpes et autres aliments dégageaient des fumets qui éveillèrent mon appétit
Je pris un hot-dog et une barquette de frites, et me dirigeais vers le lac. Il était 19h45 et il y avait déjà beaucoup de monde autour.
20 heures et des voix célestes accompagnées de musiques annonçaient le début du spectacle. Puis un déploiement dans le ciel lyonnais, au-dessus du lac, des centaines de drones évoquant l’histoire des lumières, c’était féerique !
Un défi technologique pour rendre hommage à nos chers lumignons, mais aussi d’autres lumières comme la puissance des constellations et les mystères de la galaxie.
Ce spectacle aérien nous plongea dans le vertige du temps qui passe et dans cet ailleurs si vaste.
Ce fût l’événement de cette Fête des Lumières 2025 : 500 drones lumineux dans le ciel du parc de la Tête d'or.
Le spectacle terminé sous les applaudissements, la foule se dispersa la plupart coururent vers la sortie, rejoindre les bus, pour aller vers les autres lieux festifs, comme les Terreaux, place Antonin Poncet, Fourvière.
Moi mes jambes commencèrent à fatiguer, et je cherchais désespérément un banc pour me reposer en attendant le coup de fil de mon amie...
Je ne tardais pas à apercevoir un banc, occupé par un Monsieur, son chapeau posé à ses côtés, je m’avançais, pour lui demander si je ne le dérangeais pas. Il me devança, enlevant son chapeau qu'il posa sur ses genoux, en m'invitant d’un geste, à m’asseoir.
Je le remerçiai et constatai une grande tristesse dans ses grands yeux clairs ! Il paraissait encore jeune, malgré ses cheveux blancs. Je n'osais entamer la conversation. Ce fût lui qui le fit, sortant un paquet de cigarettes de sa poche et me demandant :
- Je peux ?
- Oui. oui bien sûr, et constatant, qu'il avait un accent, je continuais et puis nous sommes en plein air vous ne dérangez personne !
Il acquiesça d'un sourire timide.
Puis j'osais
Vous avez vu le spectacle des drones ?
- Oui c'était beau ...vous avez de jolies choses en France.
- Vous êtes venu spécialement pour la fête des lumières ?
- Non, non...je suis en France depuis deux ans...
- Vous parlez bien le Français...
- Merci, oui avec ma femme, nous suivons des cours de Français, grâce à des associations depuis notre arrivée en France...
- Ha...si je puis me permettre, si ce n'est pas indiscret, vous venez de quel pays ?
- D'Ukraine.
Je ne m'attendais pas à cette réponse, un peu gênée...je ne savais plus s'il fallait continuer, mais c'est lui certainement voyant mon hésitation, continua :
- Madame, oui, d’Ukraine
- Je m'appelle Marie.
- Merci. C'est un joli nom courant en Ukraine, c'est ‘’Marichka", moi je m'appelle Milan, ma femme Oksana et ma petite fille, qui est avec nous 'Anna '. Mais je ne veux pas vous ennuyer avec mes histoires.
- Mais vous ne m'ennuyez pas Milan, J'attends une amie, j'ai du temps devant moi.
- Vous êtes gentille Marie. Vous permettez, je vais chercher un café, au stand juste à côté, vous en voulez un, ou autre chose ?
- Merci, un café c'est parfait Milan.
Milan, se leva, et c'est là que je le vis boitiller un peu, mais sa démarche restait élégante, malgré cette souffrance que je devinais...
- Voilà, Marie ! Attention c'est très chaud.
Milan s'assit puis, tout en sirotant son café, il continua. Je sentais que cet homme avait envie de parler Les Ukrainiens sont des gens chaleureux
- Alors Milan si vous me racontiez votre venue en France ?
- Elle n'est pas bien gaie mon histoire
- J'imagine
- Vous savez que mon pays a été envahi en Févier 2022,
- J’acquiesçais de la tête
C'est à partir de ce moment que commença cette guerre.
J’avais une petite propriété agricole et avec ma femme qui m'aidait et mes deux enfants, on vivait modestement mais bien...ma fille aînée Ivana suivait des cours pour être infirmière. Elle a aujourd'hui 21ans, et Anna 8ans.
Les ennuis ont commencé quand les bombardements sont devenus intenses. Notre village a été touché, puis ma propriété. D’ailleurs comme vous le voyez j’ai été blessé à la jambe, Heureusement, ma famille a été épargnée. Puis il a fallu partir vers des centres que les autorités ont mis en place, mais déjà les Ukrainiens partaient vers la Roumanie et l'Europe, quand des ponts de solidarité se mettaient en place...
- Il s'arrêta but une gorgée de café, qui devait être froid, alluma sa deuxième cigarette...je ne l'interrompis pas...puis poursuivit
- Nos villages en ruines, se dépeuplaient ! 2024, nous étions le plus souvent dans des abris, se nourrir devenait de plus en plus difficile, nos filles plus d'écoles, des structures, se formaient pour que les enfants puissent avoir un peu d'éducation.
Ça ne pouvait plus durer. ! Un jour le dis à ma femme, il faut partir ! Nos enfants n'auront pas d'avenir, ici dans ce pays. Au centre de rapatriement, il y a toujours des cars en partance pour l'Europe, sauf que l’on ne sait pas par avance où ils partent. J’irai voir tous les jours, mais comme un malheur souvent appelle un autre malheur, Ma belle-mère tomba malade, il fallut l'hospitaliser ,on ne pouvait la laisser seule, ma fille aînée proposa de rester, elle avait trouvé justement du travail dans cet hôpital comme aide- soignante. On manquait de soignants à cause de la guerre ! Quand grand-mère sera guérie je me débrouillerai, pour vous rejoindre, il vous faut penser à Anna ! il faut partir, !
C'est ce qui nous décida à partir. Quelques jours après, avec pour bagages nos papiers avec certification des autorités "Ukrainiens réfugiés Politiques" et quelques économies, nous montions dans ce car, et nous apprenions notre destination : la France et Paris notre point de chute !
- Wowww ! Milan, mais comment vous vous êtes retrouvé ici dans la région lyonnaise ?
- Ça été galère pendant 6 mois, puis Paris, nous informe qu’une offre venant des services sociaux de Lyon, et susceptible de nous intéresser ! Services sociaux de Décines demande une femme de service pour l’école Jeanne d’Arc et appartement social ! bien sur nous avons accepté tout de suite, c’était une si belle opportunité ! voilà comment Oksana se trouva femme de service à l’école Jeanne d’arc où Anna est scolarisée, bien sûr, et moi quelques temps après, une place d'agent de service à Bron. La chance commençait à nous sourire !
- Et Ivana ?
- Oui c'est la chose la plus importante qui manque maintenant à notre bonheur ! Ma belle-mère est décédée il y a 6 mois. C'était grave ce qu'elle avait, heureusement que Ivana était auprès d'elle. Ivana a obtenu son diplôme d’infirmière. La région où elles étaient, était un peu plus épargnée par la guerre. Elle vient de faire les démarches de demande d’’Immigrée Politique’. Elle nous a téléphoné, c'est en bonne voie ,mais nous ne serons tranquilles, que quand elle sera parmi nous. Nous l'espérons pour Noël, ce serait si un joli cadeau !
- Je l'espère pour vous, et votre Famille.
Le téléphone sonne. Je décroche, j’avais complètement oublié mon amie. Elle arrivait au Parc. Je lui indiquais ma position...
- Voilà ! Milan, mon amie arrive, ça m'a fait très plaisir de passer ce moment avec vous, malgré cette période triste que vous avez traversé avec votre famille , mais s’il vous plaît, ça vous dérangerait de me donner des nouvelles d'Ivana, quand elle sera arrivée , je vous donne mes coordonnées téléphoniques
- Ha ! Voici mon amie qui arrive.
Les présentations faites, je m'apprêtais à prendre congé de Milan...
- Milan en prenant congé, rajouta. « je vous promets de vous donner des nouvelles, je vais raconter notre rencontre à ma femme, je pense qu'elle me demandera de vous inviter quand Ivana rentrera, ,j’ai passé un agréable moment moi aussi, et Merci de m'avoir écouté Mariska. A bientôt. ».
Mon amie étonnée, et de m'interpeller
- Mariska ?
Oui je t'expliquerai, et toi les Terreaux, c'était bien ?
- Bof...une indigestion de sardines, de raviolis, de couscous., j’ai pris du coca pour digérer !
A mon tour d’être étonnée !
Le soir en rentrant, j'allumais la télé, il était minuit, je regardais un peu sur la chaîne Lyonnaise, la fête des lumières Place des Terreaux, je compris l'humour de mon amie Nicole.
Joyeux Noël à tous
Marie
Essoufflé mais heureux, Julien ralentit sa course. Il regarde son chrono et satisfait constate qu’il a amélioré son temps. Il est fin prêt pour le marathon de New York dans un mois. Il a participé à plusieurs courses mais celle-ci est son graal. Il la prépare depuis deux ans, physiquement et financièrement. Il a plein de projets, après le marathon il restera aux states un mois et sillonnera les lieux mythiques de l’Amérique.
Heureux il s’affale sur un banc éloigné de la foule, à l’abri des regards, sous la ramure des arbres. Il décroche son petit sac à dos, boit une grande rasade d’eau et sort son sandwich. Il s’apprête à le dévorer mais sursaute et se retourne d’un bond surpris par un gémissement.
Il aperçoit au bout du banc une ombre, une forme, un homme tassé sur lui-même.
Tout à coup Julien est cerné par la peine, l’angoisse, le désespoir de ce type. Il a l’impression d’étouffer et malgré lui se rapproche de l’inconnu : « ça ne va pas ? ».
Aucune réponse à part les spasmes des sanglots étouffés.
Poussé par une force inconnue, doucement pour ne pas être repoussé, il pause une main sur la nuque de l’homme et instinctivement commence à le masser pour le détendre. Julien est kiné et malgré lui il essaie de dénouer la tension qu’il ressent sous ses doigts. Il se rapproche de l’inconnu et pose délicatement ses mains sur ses épaules. Il ressent la raideur des trapèzes et doucement resserre sa pression.
Les deux hommes ne se disent rien mais s’acceptent l’un et l’autre. L’un lâche sa souffrance, l’autre l’apprivoise, l’allège. Julien se penche et entrevoit le visage du malheureux : « mon dieu, il a mon âge. Comment peut-il être aussi désespéré. ». Sentant qu’il se raidit, doucement il lui parle : « détend toi, laisse- toi faire, je ne te veux pas de mal, j’ai ton âge. »
Mais rien le silence.
Malgré tout il laisse ses mains sur les épaules de l’homme. Il le sent frissonner. Puis d’un geste brusque l’inconnu se dégage et se retourne. Julien voit enfin son visage, un regard gris vert le transperce, malgré lui il recule et cache ses mains. Le visage de l’inconnu est tuméfié, une estafilade s’étire de la tempe à la bouche et sa lèvre supérieure retroussée découvre ses dents.
« Mon dieu, qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? »
« Rien de spécial, je me suis battu avec un dealer. »
« Pourquoi ? »
« C’est lui qui fournissait ma femme. Elle est décédée ce dimanche d’une overdose. »
Entre deux sanglots l’inconnu lui raconte son triste parcours. Depuis six ans il se bat contre ce fléau. L’amour de sa vie était déjà victime de la drogue quand il l’a connue. Il a cru pouvoir la sauver. Deux fois elle a suivi une cure de désintoxication, mais n’a jamais réussi et la dernière rechute lui a été fatale.
« J’ai pété un câble cette nuit et j’ai voulu en découdre avec son revendeur. Je voulais qu’il comprenne le mal qu’il faisait. Je sais qu’aujourd’hui la politique est de rejeter la faute sur les acheteurs, mais lorsqu’ils ont mis le doigt dans l’engrenage beaucoup perdent la volonté de s’en sortir.
J’ai vraiment cru pouvoir la sauver, mais j’ai perdu ce combat.
Merci de m’avoir écouté, je suis mieux, je vais aller travailler.
J’ai perdu une bataille mais pas la guerre. Je suis médecin et d’autres victimes m’attendent. »
Julien est abasourdi, il compare sa vie sans problème à celle de cet homme qui s’éloigne au loin.
Il est un peu déstabilisé, puis se dit qu’il faut de tout pour faire un monde, remet son sac sur son dos et reprend sa course.
Nicole T.
C’était un jour ensoleillé, l’air était frais et vivifiant, parfait pour une promenade. Comme souvent, je me suis dirigée vers le parc de la Tête d'Or à Lyon, un véritable havre de paix en plein cœur de la ville. Les allées ombragées, les fleurs éclatantes et le doux murmure du lac créaient une ambiance idéale pour s’évader du tumulte urbain.
Après avoir flâné longtemps, parmi les allées ombragées et les fleurs épanouies, mes pieds commençaient à se faire lourds, et la fatigue se faisait sentir, je cherchais un endroit pour me reposer, et je vis un banc accueillant, légèrement à l'ombre d'un grand arbre dont les branches dansaient doucement au gré du vent.
En m'approchant, je remarquai qu'une personne y était déjà installée.
C'était un homme d'une soixantaine d'années, cheveux poivre et sel, portant des lunettes qui glissaient doucement sur son nez, plongé dans son livre, un thermos et une tasse de café fumant à ses côtés.
Je lui lançai un sourire timide avant de demander si je pouvais partager ce banc. Il leva les yeux de son ouvrage et, avec un sourire bienveillant, acquiesça sans hésitation.
Je m'assis à une distance respectueuse, laissant un espace entre nous, mais me sentant déjà plus détendue.
Le silence qui suivit était apaisant, rompu seulement par le chant des oiseaux et le léger clapotis de l’eau, mais non sans curiosité pour le monde qui m'entourait.
Curieuse, je jetai un coup d'œil sur le titre du livre qu'il lisait : un roman classique. La couverture usée trahissait le nombre d'histoires qu'elle avait parcourues.
J’hésitai un instant, puis encouragée par l’atmosphère paisible, j'engageai la conversation. Mon voisin, bien que souriant, avait l’air triste, un peu tendu, mais il se prêtait volontiers à la conversation.
Au début, nous avons échangé sur nos lectures récentes. Il parlait avec passion des romans qu'il avait dévorés, des auteurs qui l’avaient marqué, évoquant des univers littéraires que je n'avais pas encore explorés.
Nous avons beaucoup discuté des livres, des auteurs que nous aimions, puis le sujet a dérivé sur nos vies respectives. Il se révéla être un professeur à la retraite, passionné de littérature et de voyages. Ses yeux s’illuminaient en racontant ses périples à travers le monde : des montagnes enneigées des Andes aux plages dorées de la Méditerranée. Chaque histoire était un bijou, ponctué de sagesse, d'humour puis une mélancolie palpable se fit sentir, il évoqua sa douleur qui l’affectait depuis la perte de son épouse.
« Je ne pouvais plus supporter l’enfermement de mon appartement », confia-t-il d’une voix douce, presque chuchotée. « Depuis qu’elle est partie, les murs semblent se rapprocher, et le silence… le silence est devenu pesant. » Sa confession résonnait avec moi. J’imaginais le vide qu’il devait ressentir, ce vide qu’il tentait de combler par des promenades au grand air, où la nature pouvait lui offrir un semblant de réconfort.
Puis il reprit ses récits de voyage, souvent entrecoupés de rires, ils étaient remplis de leçons de vie. Parfois, il se moquait de ses propres maladresses lors de ses voyages, se remémorant un moment où il avait tenté de parler espagnol dans un petit village en Espagne, suscitant l'hilarité des habitants. « Ils ont dû croire que j'étais un personnage tout droit sorti d’un roman burlesque », dit-il en éclatant de rire. Ses récits étaient captivants, empreints de sagesse et d'humour. Chaque mot qu’il prononçait semblait tisser un lien invisible entre nous, ce qui rendait le moment encore plus agréable.
Au fil de notre discussion, je réalisai combien cet homme, malgré sa douleur, était une source d'inspiration. Son amour pour les livres et les voyages l’aidait à avancer dans un monde devenu plus difficile à appréhender. Le parc, avec son air frais et son parfum de fleurs, était son refuge, un espace où il pouvait à la fois se souvenir et se projeter.
Nous avons partagé des rires, des réflexions, et même quelques anecdotes amusantes sur nos promenades dans le parc en regardant le monde qui nous entoure. Un couple d’amoureux, un enfant capricieux, des petits vieux cheminant doucement, une maman-chien qui contrôle fait et geste de son animal au lieu de lui donner un espace de liberté.
Le temps passa sans que je m’en rende compte. La fatigue qui m'avait initialement poussée à m’asseoir s’évanouit peu à peu, remplacée par l’énergie que procure cette belle rencontre. Lorsque le soleil commença à se coucher, auréole dorée enveloppant le parc, je réalisai que cette rencontre avait été un cadeau inattendu.
Deux âmes, séparées par l'intensité du vécu, mais unies par la compréhension mutuelle. Avant de nous quitter, je lui dis avec sincérité :
- « Je ne sais pas quand nos chemins se croiseront à nouveau, mais sachez que cette rencontre restera gravée en moi. Chaque mot échangé, chaque sourire partagé, m’a fait prendre conscience que, malgré les épreuves, la beauté des rencontres imprévues nous rappelle que nous ne sommes jamais vraiment seuls dans nos combats. »
Il acquiesça, un léger sourire aux lèvres, comme s’il ressentait la même chose.
Les rayons du soleil, doucement déclinants, semblaient nous envelopper dans une lumière chaleureuse, presque dorée, accentuant la profondeur de ce moment. Nous avions passé des heures à discuter, à dévoiler nos histoires, nos peurs et nos espoirs.
Dans ce parc, ce havre de paix, nous avions tissé un lien solide, authentique, deux âmes en quête de réconfort.
« Merci pour ce partage », répondit-il. « J’ai l’impression que cette rencontre n’était pas un hasard. C’est comme si l’univers avait voulu que nous nous trouvions ici, maintenant.
J’acquiesçai, touchée. Il avait raison. La magie des instants partagés, même éphémères, avait ce pouvoir de transformer une journée ordinaire en un souvenir précieux. Je pris une profonde inspiration, savourant l’air doux du crépuscule, sachant que cette phrase, à ce moment, marquera un tournant dans notre voyage respectif.
Avant de partir, je lui tendis un petit carnet où j’avais l’habitude de noter mes pensées avec mes coordonnées d’adresse électronique. « Écrivez-moi, même si c’est juste pour partager un instant de votre vie. »
Il hocha la tête, ses yeux brillants de gratitude. Nous échangeâmes nos adresses et nos numéros de téléphone, un dernier regard complice. Alors que le ciel s’assombrissait, je pris conscience que, parfois, ce sont les rencontres inattendues qui révèlent nos véritables couleurs.
Finalement, au moment de nous quitter, je me sentis reconnaissante pour cette pause inattendue dans ma journée.
Je pris congé en lui souhaitant de belles lectures. Il me glissa un dernier conseil littéraire et me dit : « Je suis heureux de vous avoir rencontrée. À bientôt, douce amie. »
J’ai quitté le banc le cœur léger, sachant que la fatigue peut parfois ouvrir la porte à de belles rencontres et que chaque banc dans un parc a le potentiel de devenir le point de départ d’une nouvelle amitié.
Le poids de ma propre fatigue atténué, j’étais heureuse par la beauté des liens tissés dans l’imprévisible trame de la vie.
Annie M. L.


